Les prémices de la révolution musicale des années 80 en France.

 La chanson française des années 70 se caractérise par son rapprochement de plus en plus marqué avec la musique pop internationale, au détriment de la traditionnelle chanson à textes de la décennie précédente. L’essor du disco accentue cette tendance, auxquelles s’ajoutent l’influence des Caraïbes (reggae), d’Amérique latine et du rock. La chanson française s’oriente vers une variété aux tons introspectifs, confiants en l’humain, où les voix sont valorisées pour défendre un message pleinement assumé, que porte une musique généreuse et lyrique.

Les premières fractures apparaissent sous les coups des crises économiques, de 73 puis 79, doublées du durcissement politique mondial de la fin de décennie. La musique est le reflet de la société, et la variété française d’alors devient progressivement le miroir de nouveaux questionnements, d’inquiétudes, de remises en question sociétales et personnelles. Dès 1976, Alain Souchon se pose en personnage fragile (« Bidon »), et Jean-Jacques Goldman évoque en 1977 de tristes « Nuits de solitude ». Les valeurs portées jusqu’alors chancellent, et des chanteurs bien établis dans le showbiz se retrouvent en proie aux incertitudes créatives du moment, en cultivant leur mélancolie (Michel Polnareff, « Une simple mélodie » en 1978).

Jean-Patrick Capdevielle, quant à lui, traverse le doute (« Quand t’es dans le désert », en 1979). Urbain au possible, Renaud se frotte à la violence (« Laisse béton »), tandis qu’Hubert-Félix Thiéfaine se révèle en 1978 avec un premier tube où il dépasse son spleen face à « La fille du coupeur de joints ».

S’agit-il d’un véritable anéantissement, ou une révolution salvatrice est-elle en gestation ? Certains titres présagent que quelque chose d’une très belle ampleur se prépare (Alain Bashung, « Gaby », 1979). Et un véritable ovni, sous les formes de Lio et de son « Banana split » (1980) laisse entrevoir que tout cela augure du meilleur pour ces rafraichissantes 80’s débutantes.