Les guitares du nord.

Manchester la laborieuse. Loin du glamour consumériste qui caractérisait le Swinging London des 60’s, la cité du Nord s’est élevée dans la grisaille en affichant sa morgue face à la supposée condescendance de la capitale. Après quelques coups d’éclats lors de la British Invasion, ce sont surtout les années 80 qui lui offrent une place musicale de premier plan. En tant que pole industriel du Nord, Manchester et ses habitants subissent de plein fouet l’impact du thatchérisme : fermeture de mines et d’usines, forte augmentation du chômage, développement de zones de pauvreté généralisée. Dans ce climat social dramatique où la musique et le football constituent les seules échappatoires, la colère et la frustration des jeunes sont le moteur d’une génération de groupes telle que l’Angleterre n’en avait guère connu.

« Je pense que dans cette période qui va des Buzzcocks aux Happy Mondays, Manchester a eu une importance supérieure à celle du Carnaby Street de 1965 en terme de production et d’influence. Cela doit être reconnu et, plus important, cela doit être reconnu par les gens qui ne vivent pas ici » (Johnny Marr, The Smiths)

La musique a ainsi permis aux Mancuniens de retrouver leur fierté blessée. Dans les rythmes nocturnes de la Factory, dans l’incandescence de Joy Division. Dans tous ces singles intouchables, du frénétique « Ever Fallen In Love » des Buzzcocks au colossal « I Wanna Be Adored » des Stone Roses en passant par le règne incontesté des Smiths, avant qu’Oasis ne s’arroge la Couronne d’Angleterre. Ce fut le temps des prolétaires, des sans-grades qui prirent l’adversité à bras-le-corps. Ce fut une revanche. « Power to the people », avait chanté Lennon. Vingt-quatre ans plus tard, un jeune inconnu du nom de Liam Gallagher scandait pour la première fois « Tonight, I’m a rock’n’roll star ».

 

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