La variété française à la mode new wave.
La new wave, véritable « nouvelle vague » esthétique, est un cataclysme musical qui prend son essor dans le sud de l’Angleterre et accompagne le passage aux années 80. A l’origine plutôt confidentielle, avec des groupes underground émergents comme Joy Division et New Order, elle se popularise rapidement et favorise l’éclosion de toute une variété de tendances plus ou moins expérimentales et populaires dans les pays européens, et outre-Atlantique.
Le style musical new wave se caractérise par l’utilisation de nouveaux instruments de musique, essentiellement les synthétiseurs et les boîtes à rythme, qui deviennent à cette époque bien plus accessibles aux musiciens. L’usage de ces instruments ouvre la voie à de nouveaux champs de composition. Ainsi, à l’opposé des canons créatifs des années 70, avec leurs chanteurs charismatiques ou leur solistes volubiles de premier plan, se développe un style plus fondu, porté par une rythmique immuable, par l’apport de nappes de synthé qui ornent les parties chantées et se mêlent aux harmoniques des guitares. Il n’y a plus vraiment d’instrument mis en avant, et plus réellement de leader. L’un des groupes émergents de l’époque, Depeche Mode, s’installe en phare de cette tendance novatrice avec Just can’t get enough (1981).
En France, le bouleversement est immense. Certains artistes issus de la scène underground assimilent aisément les potentialités des instruments électroniques, à l’image de Jacno et sa délicate broderie sonore « rectangle » (1979). A l’encontre des années 70 finissantes, obscurcies par les crises et les désillusions, les années 80 débutantes se veulent désengagées et désinvoltes. C’est une explosion de nouveaux thèmes, bien plus légers, à porter en chansons, en particulier dans l’univers de la variété traditionnelle. Ainsi Michel Sardou, si bien ancré jusqu’alors dans une esthétique sombre et introspective, amorce un virage à angle droit. Dans « K7 » (1980), il valorise les baladeurs de musique, tout à son aise dans un paysage bucolique. Richard Gotainer, très « new wave » dans l’âme, en arrive dans « primitif » (1981) à s’amuser de tout, à commencer de lui-même. Le groupe Indochine, assumant une image un peu plus rebelle, amorce sa conquête des classements musicaux avec « l’aventurier » (1982), qui porte un imaginaire de film d’action. De nouveaux artistes, enfin, soutenus par cette vague du synthé-roi, émergent et impressionneront les années à venir, à l’image de Mylène Farmer et de son « maman a tort » (1984).
Pourtant, dès le milieu des années 80, la frénésie du tout-électronique s’étiole progressivement. Le groupe Partenaire Particulier, avec son titre éponyme, livre en 1985 ce qui pourrait apparaître comme le chant du cygne de la variété française à la mode new wave. Mais, comme toujours dans le monde de la musique qui fait du neuf avec de l’ancien, les résurgences seront nombreuses, et l’esthétique des années 80 continuera de marquer la créativité des décennies suivantes.