Entre tradition française et modernité, un jeune talent de la composition.
Né en 1980, Mathieu Lamboley est un pianiste et compositeur français de musiques de films qui prouve déjà tout son talent au travers de diverses B.O à son actif. Après des études au Conservatoire national supérieur de Paris où il obtient cinq premier prix, sa carrière débute comme orchestrateur sur plusieurs musiques de films, collaborant notamment avec Grégoire Hetzel pour le film « Un conte de Noël » de Desplechin. C’est en 2004 qu’il compose sa première bande originale pour le film d’animation « Les oreilles n’ont pas de paupières » d’Etienne Chaillou, recevant le Grand Prix de la meilleure création sonore lors de la compétition de court métrage au Festival International du film d’Aubagne en 2005. Il travaille ensuite avec Hans Zimmer et James Newton Howard et devient le protégé de Michel Legrand. Ce dernier, avant sa disparition, demandera à se femme Macha Méril de confier à Mathieu Lamboley la mission de poursuivre ses projets encore inachevés.
Au niveau de ses influences, Lamboley évoque Ravel, Debussy ou Stravinsky. Ce qui se retrouve d’ailleurs par la présence au sein de ses compositions de thèmes mélodiques marqués et de motifs reconnaissables qu’il dit « vouloir traiter avec l’élégance et la richesse orchestrale du classique ». En cela, il s’inscrit alors dans la lignée de l’école française. Toutefois, dans une volonté permanente de se démarquer de cet héritage tout en le modernisant, il va ajouter de nouvelles textures et mélanger des styles comme on peut l’entendre sur la bande originale du film « Le retour du héros » de Laurent Tirard (2018) à laquelle il donne, avec la présence d’instruments baroques, une couleur « baroque western », comme l’ont qualifiée plusieurs critiques musicaux, avec une ambiance « à la Ennio Morricone ». Egalement influencé par son père et son oncle, il baigne dans la culture jazz et les standards américains à la John Williams ou à la Henry Mancini dont il garde les inspirations harmoniques. Ce que l’on peut d’ailleurs entendre sur la bande originale du film « Garde Alternée » d’Alexandra Leclère (2017).
Impossible de mettre en avant Mathieu Lamboley sans évoquer plus précisément sa partition la plus connue et la plus innovante, celle créée pour le film d’animation « Minuscules 2 : les mandibules du bout du monde » (2018). Une vraie singularité se dessine puisque cette partition musicale constitue le seul dialogue du long métrage. Toute la complexité et l’épaisseur des divers insectes, personnages du film, repose sur la musique et la retranscription qu’elle fait de leurs sentiments. Interprétée par l’Orchestre National d’Ile de France, les professionnels y voient une grande partition symphonique, mêlant des influences jazz et bossa nova à la grande tradition orchestrale française. Lamboley revendique de nouveau pour cette composition l’influence de Ravel, Debussy, Stravinski, notamment au niveau de la rythmique, mais aussi de Bartok ou encore de Prokofiev. Une tradition française à laquelle il souhaite pouvoir apporter sa patte et une certaine modernité. Pour cette composition, Mathieu Lamboley représentera même la France en 2019 lors du Colcoa, festival du film français à Los Angeles, et aux World Soundtrack Awards du festival de musique de Gand en Belgique, l’équivalent des « Oscars de la musique de film ». En juin 2020, elle a reçu le Prix UCMF 2020 Cinéma d’animation, remis par l’Union des Compositeurs de Musiques de Films. A noter que cette bande originale est aussi la première qui a été enregistrée dans le tout nouveau Studio d’Alfortville, inauguré fin 2018, dédié à la musique de film et dont l’ouverture a été parrainée par un autre grand compositeur français de musique à l’image : Gabriel Yared.
En parallèle à ses compositions pour les musiques de films, Mathieu Lamboley compte à son répertoire des compositions pop, des comédies musicales, des opéras, des bandes originales pour des pièces de théâtre radiophonique (« Madame Bovary » pour France Culture en janvier 2020) ou encore des pièces de musique de chambre. A seulement 40 ans, il dispose donc déjà d’une large palette artistique. Adoubé dans la profession par de grands noms tels que Michel Legrand, Hans Zimmer ou Alexandre Desplat, ce jeune compositeur prometteur nous réserve sans nul doute encore de superbes partitions pour ses projets (déjà au moins 4 en 2020).
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