Sacré éclectique.
Né à Paris en 1972, Grégoire Hetzel a suivi une formation musicale au Conservatoire Supérieur de Paris avant d’exercer ses talents de musicien en improvisant sur des films muets à la Cinémathèque française à Paris. Au début des années 2000, il se fait remarquer et entame une carrière de compositeur de musique de films, notamment grâce à ses collaborations régulières avec plusieurs réalisateurs français renommés. Arnaud Desplechin lui confie ainsi la composition des partitions de « Rois et reine » (2004), « L’aimée » (2007), « Un conte de Noël » (2008), « Trois souvenirs de ma jeunesse » (2016, pour lequel il est nommé aux César), « Les Fantômes d'Ismaël » (2017) et « Roubaix, une lumière » (2019). Mathieu Amalric le sollicite également pour « Le stade de Wimbledon » (2002) et « La chambre bleue » (2014). De même que Catherine Corsini pour « Les ambitieux » (2007), « Trois mondes » (2012) et « La belle saison » (2015) ou encore Cédric Anger pour « Le tueur » (2008), « L’avocat » (2011), « La prochaine fois je viserai le cœur » (2014), et « L’amour est une fête » (2018).
Aussi à l’aise dans le registre pop (pour preuve, la musique de la saison 2 de la série télévisée « Clara Sheller ») que jazz (« Convoi exceptionnel » de Bertrand Blier en 2019 l’illustre à merveille) ou folk (comme pour le film « L’arbre » de Julie Bertuccelli qui lui vaudra une nomination aux Césars), dans les compositions électroniques que dans l’écriture de partitions symphoniques (à l’image de celle réalisée en 2010 pour le film «Incendies » de Denis Villeneuve ou « Les Innocentes » d’Anne Fontaine en 2015), son œuvre est très éclectique et riche à l’écoute.
2016 sera pour Hetzel une année charnière parsemée de nominations et de récompenses lors de prix prestigieux : nomination aux César 2016 de la meilleure musique originale pour « Trois souvenirs de ma jeunesse », nomination au Prix France Musique-Sacem de la musique de film également pour cette même partition et prix de la meilleure musique pour « La Belle Saison » et « Trois souvenirs de ma jeunesse » lors de la 21ème Cérémonie des prix Lumières. Il élargit alors encore un peu plus le spectre des réalisateurs qui font appel à ses services. Et en 2017, c’est une collaboration marquante avec le réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa puisqu’il signe le score de son premier film français, « Le Secret de la chambre noire ». La partition très marquée par les cordes, violons et harpes notamment, ainsi que les vents (flûtes, hautbois), transcrit bien le climat inquiétant du film et l’angoisse ressentie par les personnages.
Grégoire Hetzel a une conception bien précise du rôle de la musique qu’il compose pour les films. Lors d’une interview donnée en 2019 à l’occasion de la sortie de sa partition pour « Roubaix, une lumière » d’Arnaud Desplechin, il explique d’ailleurs que « la musique est toujours narrative, romanesque, c'est vraiment un personnage sans visage. La musique de film est sous les dialogues, derrière les visages. Le cinéma, c'est d'abord des images avant d'être du son. C'est une fonction très humble de faire de la musique de film. J'écris humblement ma musique sous des dialogues qui sont ensuite vénérés par des millions de spectateurs. J'adore cette idée de fonction. La musique est évidemment très importante, elle contribue totalement aux films, mais de manière assez secrète ».
On notera également des compositions très abouties qu’il a créée pour la télévision avec le score du téléfilm d’Arnaud Desplechin « La forêt » (2014) et celui de la mini-série diffusée en France sur Arte « Thanksgiving » (2019). Pour cette seconde partition, il a d’ailleurs reçu le prix de la meilleure musique lors du Festival des créations télévisuelles de Luchon en 2019.
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