Richter : petit séisme minimaliste.

 

Musicien et compositeur né en 1966 en Allemagne, Max Richter a suivi des études de composition et de piano à l’Université d’Edimbourg, à la Royal Academy of Music et avec Luciano Berio à Florence. Au cours de cette période, son influence principale sera celle du compositeur Yannis Xenakis. Puis il fonde l’Ensemble Piano Circus en 1989 au sein duquel il interprète pendant une dizaine d’années des œuvres d'Arvo Pärt, Brian Eno, Philip Glass, Julia Wolfe et Steve Reich. A partir de 1996, il collabore avec le groupe britannique de musique électronique Future Sound of London, mais aussi avec le producteur de musique et DJ britannique Roni Size.

En parallèle, Max Richter se produit également en concert et compose des bandes originales pour des films et des séries télévisées. Dans l’ensemble de son œuvre, c’est une incessante alternance entre musique classique et électronique contemporaine qui transparait. Au carrefour de nombreux langages artistiques actuels, son travail explore en effet une gamme très large de courants et d'influences : musique classique, mais aussi des genres plus modernes et expérimentaux. Ses œuvres sont présentées dans des salles aussi différentes que le Royal Albert Hall de Londres, la Philharmonie de Paris, ou le Berghain à Berlin. Son style, fondé sur la rencontre entre son parcours classique et les expériences de son enfance, marquée par l’électronique, les débuts de la dance, le punk et la musique psychédélique, est parfois controversé. Néanmoins envisagé comme l’une des principales influences pour les compositeurs post-minimalistes et figure incontournable de la musique néoclassique multi récompensée, il est considéré comme l’un des compositeurs contemporains les plus importants de ces vingt dernières années. L’écoute attentive de ses  partitions pour le grand et le petit écran ne fait que le confirmer.


Max Richter a été sollicité par de nombreux réalisateurs de nationalités variées pour composer les scores de leurs longs métrages. Quelques caractéristiques communes vont néanmoins se retrouver dans les bandes originales ainsi crées : très souvent c’est le minimalisme qui prime, le piano, les cordes et les sonorités électroniques ou issues de synthétiseurs. En général, ces constantes se mélangent de manière habile au sein d’une même partition, voire d’un même titre de celle-ci. C’est ce qui ressort par exemple des musiques des films « Le Congrès » d'Ari Folman (2013), « The Last Days on Mars » de Ruairí Robinson (2013), « La Marque des anges : Miserere » de Sylvain White (2013) ou « Miss Sloane » de John Madden (2016).

C’est en 2008 avec la musique composée pour « Valse avec Bachir » d'Ari Folman que Max Richter s’est imposé comme l’une des références de la musique à l’image pour les œuvres cinématographiques. Pour ce long métrage, il choisit d’accompagner les images avec des « scènes » musicales en passant de la musique trance à la musique pop/rock, de la musique électro-acoustique aux genres classiques. Habitué des compositions plutôt minimalistes avec peu d’instruments jouant en même temps («  Perfect Sense » de David Mackenzie en 2011, certains morceaux de « Miss Sloane » de John Madden en 2016 ou « L’œuvre sans auteur » de Florian Henckel von Donnersmarck en 2018) ou des partitions matinées de synthétiseurs et de musique électronique (« Disconnect » de Henry Alex Rubin en 2012 ou « Ad Astra » de James Gray en 2018), son style est ainsi très rapidement reconnaissable.

Le score original qu’il compose en 2018 pour « Marie Stuart, Reine d'Écosse (Mary Queen of Scots) » de Josie Rourke met en lumière ses qualités de compositeur et d’orchestrateur pour de la musique plus symphonique. Il livre une partition qui accompagne parfaitement le caractère grandiose du film et le destin des personnages historiques mis en scène. On y retrouve des thèmes récurrents attachés aux différents protagonistes. Cordes, vents et percussions créent une intensité qui permet à Max Richter de signer sa bande originale sans doute la plus épique. Il offre des instants d'émotion et d'intensité pour souligner l'une des histoires les plus captivantes et puissantes d'Europe.

Une diversité de compositions à découvrir !

 

 

 


Sollicité également pour le petit écran, Max Richter a réalisé des partitions tout aussi fouillées et riches que pour les longs métrages. Damon Lindelof lui a confié l’écriture de la bande originale de « The Leftovers » entre 2014 et 2017, de même que Charlie Brooker l’a fait pour un épisode de la série « Black Mirror » en 2016 (« Nosedive ») aboutissant à des airs lancinants. L’une de ses partitions les plus connues pour la télévision est celle de la série « Taboo » entre 2017 et 2019 avec des sonorités planantes, des percussions, des cordes et des voix offrant une atmosphère d’angoisse et de suspens mais aussi, sur certains morceaux, du piano mélangé aux cordes créant un sentiment de mélancolie en parfaite adéquation avec le propos de la série.

En 2018 et 2019, Max Richter a mis ses talents de compositeur au service des deux premières saisons de la série « L’amie prodigieuse », adaptation du célèbre roman d’Elena Ferrante. Comme la saga littéraire l’est pour des millions de lecteurs à travers le monde, cette bande originale est captivante à l’écoute. Voguant entre des morceaux doux au piano (le morceau inaugural de la saison 1 intitulé « Elena & Lila » en est le plus bel exemple avec un thème hypnotique joué au piano) et des titres plus enlevés faisant la part belle aux cordes accompagnant ainsi les aventures des deux héroïnes de la série comme sur le titre « Whispers » ou encore le magnifique « The days go by » faisant la part belle au violoncelle. La candeur des héroïnes est aussi superbement mise en musique sur « Interior dialogues » par le compositeur qui, avec le claviériste Andy Massey, tirent de l’oubli le célesta, ce vieil instrument de la famille des percussions, dont le dépouillement confine à la pureté.

Des pépites que l’on ne se lasse pas d’écouter :