Les belles années de Niagara.
Niagara, groupe phare de la scène pop-rock française à partir du milieu des années 80, est un formidable concentré de créativité et d’assimilation réussi de tous les courants esthétiques musicaux de la décennie. Originaire de la bouillonnante scène rennaise, le groupe se forme en 1982 et se focalise rapidement autour du duo leader Muriel Moreno, au chant, et Daniel Chenevez, poly-instrumentiste. Après quelques concerts locaux et une participation remarquée aux Trans Musicales, le groupe enregistre un premier 45-tours, « Tchiki Boum » (1985) qui tape dans le mille et le propulse dans les bonnes vagues du Top 50. S’ensuit une série de singles gagnants, dont « L’amour à la plage » et « Je dois m’en aller », que compile un premier album studio, Encore un dernier baiser, qui décroche un disque d’or en 1986.
Niagara, dans sa première période, c’est une floraison chatoyante de chansons au ton léger et badin, portées par un fond musical à la mode new wave, mêlant habilement les synthés aux guitares, et colorées de touches d’exotisme, tout à fait dans la tendance esthétique du moment. Les ballades du duo, dès le début, sont magnifiques, portées par la voix profonde et chaleureuse de Muriel Moreno, à l’image de « Quand la ville dort » (1987).
Un deuxième 33 tours, Quel enfer, marque dès l’année suivante une orientation nouvelle vers des thèmes plus sombres, portés par des tempos plus rock. Le titre « Assez » révèle ainsi, dès ce moment-là, les doutes existentiels perçus par les deux artistes, et l’intérêt qu’ils portent à l’actualité complexe de leur temps. La ballade « Soleil d’hiver » est, ainsi, sous-tendue d’un bouleversant fatalisme, porté pourtant par une musique angélique, et mise en images par un clip tout en couleurs.
Niagara « cartonne », et est consacré comme une des valeurs sûres de cette fin de décennie 80. En synergie avec l’émergence d’une nouvelle scène française, aux crédos esthétiques rappelant ceux des années 70, avec un ralentissement des tempos et la mise en avant des voix solistes, le groupe aborde sa dernière manière. La voix de Muriel Moreno n’a jamais été aussi riche et troublante, et les arrangements de Daniel Chenevez jamais autant magnifiés que dans les titres du nouvel album Religion, de 1990. « La vie est peut-être belle » et « Pendant que les champs brûlent » sont deux poignantes mélodies, qui portent chacune tout un univers en condensé. Quant au brûlot « J’ai vu », c’est le cri de guerre d’une jeunesse lucide, face aux tourments de son temps.
Un dernier album paru en 1992, La vérité, parachève en gloire cette carrière météoritique. La maturité créative du groupe est à son apogée, mais le duo se sépare, malheureusement, peu de temps après. Niagara n’est connu que depuis une poignée d’années, et d’ores et déjà le groupe rejoint le panthéon des rares formations qui ont marqué l’esthétique de leur temps. Pour preuve, après une inévitable mise en parenthèse de ses années post-gloire, les reprises du duo s’annoncent. « Pendant que les champs brûlent » est ainsi déjà réinterprété par des artistes aussi dissemblables que le duo Brigitte, la chanteuse-violoncelliste Jorane, ou le gouailleur Thomas Winter. D’autres titres suivent déjà et suivront certainement, portant le souvenir de Niagara dans la nostalgie heureuse d’une époque, celle de ces fameuses années 80 qui ont tellement marquées leurs contemporains, et nous imprègnent encore tellement.
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